Rimd RaziŽ et SantŽ

 

Le samedi 23 octobre 2010, Radio APAL organisait la rencontre dŽbat ÇKabŽchŽÈ au restaurant Çï Porte dĠAfriqueÈ. Le thme choisi ce mois lˆ Žtait : ÇQuel r™le peuvent avoir les plantes mŽdicinales (rimd raziŽ) dans le systme de santŽ en MartiniqueÈ. Roselyne DELBLOND, pharmacienne, prŽsidente de lĠAVAPLAMMAR (Association pour la valorisation des plantes mŽdicinales de la Martinique) ; Yolande HIPPOLYTE, gŽrante de lĠentreprise ÇFidŽline 2000È et Emmanuel NOSSIN, pharmacien, coordinateur gŽnŽral du rŽseau TRAMIL, ont animŽ cette rencontre. Nous publions lĠintervention de Roselyne Delblond.

 

 

La revalorisation des mŽdecines et pharmacopŽes traditionnelles connait un important dŽveloppement, et ce, depuis plusieurs annŽes. Pour lĠOrganisation Mondiale de la SantŽ (O M S), les plantes mŽdicinales constituent un des moyens les plus sžrs de pourvoir ˆ la totalitŽ des besoins sanitaires de la population mondiale. Beaucoup de pays et notamment dans la Cara•be ont lancŽ de vastes programmes dĠinvestigations et de recherche sur les plantes mŽdicinales.

 

 

Une riche tradition populaire thŽrapeutique

 

La Martinique dispose dĠune riche tradition populaire thŽrapeutique, ce que lĠon nomme Ç rimd raziŽÈ. La population martiniquaise sĠintŽresse de plus en plus ˆ ce domaine. On ne peut pas considŽrer la question des plantes mŽdicinales sur le seul aspect thŽrapeutique. Celles-ci sont de puissants vecteurs de la vie sociale, il faudrait nŽcessairement introduire dans la rŽponse les liens qui se tissent autour dĠelles :

* Communication entre les personnes de mme gŽnŽration (Žchanges de savoirs et

savoir -faire) et entre les diffŽrentes gŽnŽrations (rŽcits de vie) ;

* CĠest aussi lĠoccasion dĠŽchange dĠun systme de valeur ˆ dimension Žcologique (le respect de la terre).

 

Lors des foires agricoles, lĠengouement de la population est manifeste. Nous avons participŽ ˆ un certain nombre de rencontres dans des Žcoles, dans des associations et chaque fois lĠintŽrt des participants a ŽtŽ incontestable. Parmi les principaux objectifs de lĠassociation pour la valorisation des plantes mŽdicinales martiniquaises (lĠAVAPLAMMAR) on peut citer :

* La rŽhabilitation de la mŽdecine et de la pharmacopŽe traditionnelles ;

* La sensibilisation de la sociŽtŽ martiniquaise et des dŽcideurs sur le potentiel que reprŽsente la ressource thŽrapeutique vŽgŽtale et ce quĠil ya lieu de faire pour quĠelle devienne un facteur de dŽveloppement.

 

Nous souhaitons donc que les plantes mŽdicinales Ç rimed raziŽ È occupent une place de plus en plus importante dans le systme de santŽ de la Martinique. Cependant, il faut reconna”tre que nous sommes encore ˆ la lettre A de cet alphabet tant il y a de tabous ˆ faire tomber.

 

En effet, aujourdĠhui encore, les plantes mŽdicinales martiniquaises p‰tissent dĠun manque de considŽration, dĠune partie de la population. Les dŽpositaires des savoirs et des savoir- faire dans ce domaine sont en grande majoritŽ des gens simples et rarement des scientifiques. Ils tiennent leurs connaissances des parents, des grands parents, voire dĠamis et mme parfois de parfaits inconnus .Ils agissent en rŽpŽtant les gestes et attitudes quĠils ont intŽgrŽs. AujourdĠhui des travaux scientifiques viennent souvent confirmer les usages traditionnels des plantes mŽdicinales.

 

 

Il est donc urgent de structurer ce domaine par diverses actions :

 

Sur le plan administratif :

* Que les producteurs des plantes mŽdicinales puissent sĠassurer ;

* Que les plantes mŽdicinales soient elles mme assurables lors de catastrophes naturelles (cyclone, tremblement de terre, sŽcheresse, etc.).

 

Sur le plan agricole :

* Elaborer une charte garantissant ˆ lĠutilisateur une plante saine.

 

Sur le plan thŽrapeutique :

* Se mettre aux normes dĠhygine, de propretŽ, dĠasepsie et dĠantisepsie. Car bien souvent nous voyons dans les rues de Fort de France ou dans les foires des gens qui vendent des produits, ˆ base de plantes mŽdicinales, qui ne sont pas aux normes (conditionnement, Žtiquetage, date de pŽremption, etc.) ;

* AmŽliorer les dosages empiriques et les conditions de prŽparation de la recette utilisŽe ;

* Faire des dosages, trouver les principes actifs de la plante, sans retirer la plante dans son milieu naturel ;

* Elaborer des phytomŽdicaments.

 

LĠengouement de la population pour les plantes mŽdicinales leur prŽside un bel avenir surtout si la filire devient une rŽalitŽ.

 

 

Les plantes mŽdicinales ont leur place dans le systme de santŽ

 

On observe de nos jours un retour au jardin crŽole et donc ˆ la culture de plantes mŽdicinales.

La seule question que lĠon peut se poser maintenant, compte tenu du mode dĠalimentation actuel, cĠest celle dĠŽventuelles interactions entre lĠusage de certaines plantes mŽdicinales, ce que lĠon met dans son assiette et la prise de mŽdicament pharmaceutique.

Beaucoup de mŽdicaments dit de confort ne sont plus remboursŽs par la SŽcuritŽ Sociale. Certaines des plantes mŽdicinales martiniquaises, convenablement dosŽes, pourraient les remplacer avec beaucoup dĠefficacitŽ.

Nous croyons que les plantes mŽdicinales martiniquaises ont leur place dans le systme de santŽ des Martiniquais.

La Martinique est riche de plantes mŽdicinales aux vertus abondantes mais la t‰che qui reste ˆ accomplir dans ce domaine est immense :

* Sensibiliser la population ˆ cette richesse ;

* Constituer lĠherbier droguier de rŽfŽrences des plantes mŽdicinales martiniquaises ;

* RŽpertorier les espces en voie de disparition et les protŽger ;

* Rechercher, avec lĠaide de la science, ˆ confirmer ou ˆ infirmer les dires populaires.

 

 

 

 

 

Nous avons interrogŽ Roselyne Delblond, pharmacienne, prŽsidente de lĠAVAPLAMMAR, ˆ propos du 6me CIPAM (Colloque International sur les Plantes Aromatiques et MŽdicinales) qui sĠest tenu en Martinique du 3 au 6 novembre au CDST (Saint-Pierre).

 

APAL : Peux-tu nous prŽsenter lĠAVAPLAMMAR ?

 

Roselyne DELBLOND : LĠAVAPLAMMAR cĠest lĠassociation pour la valorisation des plantes mŽdicinales de la Martinique. Elle regroupe les gens qui sĠintŽressent aux plantes mŽdicinales, pas seulement des pharmaciens mais Žgalement des personnes qui travaillent ˆ partir des plantes mŽdicinales comme par exemple des gŽrants de laboratoires de plantes mŽdicinales, des botanistes, des prothŽsistes dentaires, des professeurs.

 

APAL : Il y a beaucoup de gens qui rŽflŽchissent sur les plantes mŽdicinales, sur les Çrimd raziŽ È, pas seulement sur cela ?

 

Roselyne DELBLOND : On parle de Çrimd raziŽ È, ce sont de bons remdes, ce sont des plantes qui guŽrissent et qui sont reconnues.

 

APAL : Pourtant, il y a une dispostion de lĠONU qui dit que dans les 20 ans ˆ venir que les pays devront soigner leur population avec les Ç rimd raziŽ È, plantes mŽdicinales qui existent chez eux ?

 

Roselyne DELBLOND : Effectivement cĠest ce que lĠONU dit. Donc il faut essayer dĠappliquer cela car cĠest trs important de recommencer ˆ apprendre ˆ utiliser nos plantes sĠil y a une catastrophe naturelle, si les bateaux nĠarrivent pas, il faut quĠon sache quĠon a une richesse naturelle en Martinique. Il faut savoir quĠen Martinique il y au mois 600 plantes mŽdicinales quĠon ne sait pas utiliser ; alors en attendant les secours, il faut utiliser ce que nous avons. Mme les choses les plus simples comme utiliser trois feuilles pour panser une plaie, en vŽrifiant bien quĠil nĠy ait pas de latex (liquide blanc) qui sĠŽcoule de la feuille, car cela veut dire que cĠest toxique. Cela nous permet de pallier en attendant les secours.

 

APAL : Il y a un autre problme cĠest que le gouvernement supprime les remboursements de certains mŽdicaments et donc peut-tre que les gens ne parviendront pas ˆ acheter des mŽdicaments ?

 

Roselyne DELBLOND : En effet oui, donc les gens seront obligŽs de prendre leur citronnelle, leur basilic, etc.

 

APAL : Ce colloque a dŽjˆ eu lieu ˆ 5 occasions, cĠest le 6me et cĠest la 1re fois quĠil a lieu en Martinique. Peux tu nous dire dans quel pays a-t-il dŽjˆ eu lieu ?

 

Roselyne DELBLOND : Le premier a eu lieu en 2000 ˆ la RŽunion, le second en 2001 en Guadeloupe, le 3me en 2004 en Guyane, le 4me en PolynŽsie franaise et le 5me en Nouvelle CalŽdonie. Et, donc cette annŽe, nous organisons le 6me colloque international sur les plantes mŽdicinales et aromatiques quĠon appelle CIPAM en Martinique. Les personnes qui sĠintŽressent aux plantes mŽdicinales dans les DOM TOM, ont dŽcidŽ dĠorganiser ce colloque pour valoriser les Ç rimd raziŽ È parce que nous avons constatŽ que dans les DOM TOM les Ç rimd raziŽ È nĠont pas leur place ; donc il faut se battre pour que leur vertu soit reconnue. Le problme, par exemple en Martinique, nous faisons partie de la pharmacopŽe martiniquaise, caribŽenne et antillaise, donc toutes les plantes se regroupent mais officiellement nous faisons partie de la pharmacopŽe franaise, donc administrativement nous nĠavons pas le droit de vendre nos produits en pharmacie. CĠest pour cela que les gens se battent pour que cela change.

 

APAL : Que faut-il retenir de ces Žchanges ?

 

Roselyne Delblond : De toute faon cela fait dŽjˆ 10 ans que nous faisons ces colloques. Le premier a eu lieu ˆ la RŽunion. On y retrouve justement les gens qui sĠoccupent des plantes mŽdicinales et qui veulent que celles-ci retrouvent leurs lettres de noblesse, qui se battent pour que nous puissions les utiliser comme nous voulons parce que ce nĠest pas possible jusquĠˆ maintenant puisque nous faisons partie officiellement de la pharmacopŽe franaise mme si nous considŽrons que nous sommes dans la pharmacopŽe antillaise et caribŽenne. Donc nous avons eu beaucoup de confŽrences sur certaines plantes qui peuvent tre utilisŽes pour le diabte, sur les vertus du fruit ˆ pain. Des expŽriences trs intŽressantes ont ŽtŽ prŽsentŽes comme celles rŽalisŽes ˆ la RŽunion ou en Nouvelle CalŽdonie. Cela nous permet dĠavoir des Žchanges et de voir que, quand mme, les choses Žvoluent au niveau des plantes mŽdicinales.

 

APAL : Et la population martiniquaise, dans tout a ?

 

Roselyne Delblond : Nous nĠavons pas voulu, mme si le congrs Žtait rŽservŽ aux scientifiques, mettre la population ˆ lĠŽcart. CĠest pourquoi, nous lĠavons invitŽe ˆ une confŽrence au MillŽnium du Morne Rouge le vendredi 5 novembre dans la soirŽe qui a ŽtŽ un vif succs. Il y avait ˆ peu prs 300 personnes et cette confŽrence a ŽtŽ animŽe par Monsieur Emmanuel Nossin, coordinateur du rŽseau Tramil et Monsieur Henry Joseph, docteur en pharmacie de Guadeloupe ; ce sont deux personnes connues et compŽtentes au niveau des plantes mŽdicinales.